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Extrait court
- Accoudé au bastingage, le vieux tirait sur sa pipe en produisant d’impressionnants bruits de sussions. Son tabac était humide, Bon d’accord ! Mais ses efforts pour maintenir la combustion, produisaient un vacarme qui couvrait jusqu’aux grincements du gréement. De plus il avait pris soin de se placer au vent, de sorte que la fumée de sa bouffarde était rabattue sur le pont et, au passage, dans les yeux de Bibert. Rien d’autre à faire que supporter. Outre que Bibert n’était que simple novice et devait le respect a tout ce qui bougeait sur le rafiot, excepté les deux mousses et les rats, le vieux avait doublé les trois caps ce qui lui donnait le droit de cracher au vent, s’il le souhaitait.
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Extrait long
- Pour lui la patrie est avant tout un terroir, une façon de vivre en harmonie avec le pays qui a façonné les générations précédentes, peut lui chaut le drapeau qui flotte dessus. C’est la terre, les bois, les rivières, le rythme des saisons qui le feront se sentir ‘chez lui’, pas une idée, une loi ou même un passeport. D’ailleurs chez ses parents, entre Comté de Montbéliard et trouée de Belfort, on parlait encore le même ‘patois’ que les montagnards des vallées suisses. Le Romanche, une langue véritable, dérivée du latin comme le Français mais ayant incorporée une part des anciens parlés gaulois Francs et germains. Depuis le début du siècle, dans les villes la bourgeoisie affectait de traiter avec mépris cette langue, considérée comme rétrograde. Dans les campagnes, en revanche les populations en usaient largement. Les contrebandiers aimaient bien être compris des deux cotés de la frontière, surtout quand ce n’était pas le cas des gabelous, venus souvent des lointaines provinces de l’Empire Français. Il ne retrouva pas traces de sa mère, la maison familiale avait été vendue. La Banque avait consenti un maigre prêt assorti d’hypothèque, en sachant pertinemment qu’une veuve avec enfants à charge ne pourrait rembourser. A brève échéance, les agios, une sous évaluation du bien, les visites de l’huissier, aboutirent à la vente. A n’importe quel prix, pour fuir et échapper aux commérages du village et à la honte. Les nouveaux propriétaires ignoraient ou affectaient d’ignorer, l’adresse actuelle de la pauvre femme. Sur la place, sous les marronniers qui entouraient la fontaine, un vieux assis sur un banc de pierre le regarda reprendre tristement les rennes de son cheval. D’une voix chevrotante, en un patois épais, il interpella Bibert pour lui dire qu’il aurait probablement une chance de la retrouver du côté de Fèche-L’Eglise, a une lieue de là où à Allenjoie, un bourg plus éloigné. Remerciant, Bibert se dirigea vers le village voisin. Il y fit choux-blanc et reparti pour Allenjoie. Il n’y pu trouver, grâce au curé, que la tombe de sa mère, dans le petit cimetière a flanc de coteau sous l’ombre de la vieille église. Accablé, il ne versa pas de larmes. Il y avait trop de temps qu’il avait quitté les jupes de cette femme, dure à la tache et peu portée aux épanchements maternels. Son chagrin lui fit remonter en mémoire le souvenir de l’infortunée Luzette, qui aurait du se trouver à ses cotés. Brusquement il éprouva l’envie de revoir la famille du père Aristide Vignol, de savoir ce qu’il était advenu de ses anciens compagnons. De la petite Nicaise aussi, qui par la conséquence d’un geste de gamine, que la dureté des temps avait transformé en tragédie, avait causé tant de malheur. Le soleil du levant le trouva déjà en route pour les bords de Saône, entre Verdun-sur-le-Doubs et Lyon.
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